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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 22:23

Valériane 19 avril 2013, Bruxelles

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L’agroécologie et nous

 

L’agroécologie est pour nous un nouveau modèle agricole, une nouvelle conception de l’agriculture dans notre tête, avant d’être un nouveau système agricole. En effet, ces pratiques ne sont pas toutes nouvelles ni étrangères aux pratiques des systèmes conventionnels ; beaucoup d’éléments avec lesquels nous travaillons sont les mêmes. Ce qui change, c’est comment nous les considérons, les comprenons et travaillons avec eux. 


L’agroécologie implique une nouvelle conception de trois éléments. Premièrement, une nouvelle conception des composantes de la ferme (les animaux, le sol, les plantes, le compost etc.) et de leurs rôles. Ensuite, l’organisation de ces composantes et la gestion de leurs interactions au sein de l’agroécosystème sont sujettes à réflexion. Finalement, notre rôle à nous, agriculteurs, est repensé : « mettre en relation », « s’adapter » et « faire travailler » font désormais davantage partie de notre vocabulaire qu’ « exploiter », « diviser » et « contrôler ».


Cette réflexion a d’importantes conséquences sur la production de connaissances, la génération d’innovations et donc la direction du « progrès ». Ainsi, les sources de nouvelles technologies, connaissances et pratiques ne sont plus exclusivement externes à la ferme. L’expérience quotidienne du travail agricole (« être ‘dans’ ses bêtes, ‘dans’ ses champs ») est reconnue elle aussi comme un foyer de nouveautés : elle est un lieu particulier d’observation et d’intuition. Ainsi, le rôle de la recherche scientifique réside davantage dans le questionnement de ces nouveautés : par le dialogue, la science « objective » nous pousse à aller plus loin dans la compréhension de nouveaux phénomènes. De plus, en agroécologie, le progrès ne consiste pas uniquement en l’amélioration des composantes de la ferme (meilleures variétés, machines plus performantes etc.) mais aussi en l’amélioration de l’organisation de la ferme dans son ensemble : transformer les déchets en ressources, éviter les pertes de nutriments et d’énergie etc.


« L’agriculture, c’est mettre sa culture dans la terre ». En pensant et repensant son métier, on en vient à changer ses pratiques. C’est pourquoi, dans certaines études, l’agroécologie est considérée comme un mouvement social. Ainsi, le mouvement de repaysannisation (décrit par Jan-Douwe van der Ploeg) consiste à balancer autonomie et ouverture au niveau de la ferme. C’est d’un côté une lutte pour davantage d’autonomie : vente directe, autonomie fourragère, cycles fermés des nutriments, compostage, distance vis-à-vis des experts/marchands de l’agro-industrie. D’un autre côté, c’est aussi être davantage à l’écoute de la société : ses attentes en termes d’alimentation de qualité, ses besoins en services (récréatifs, pédagogiques) ; bien au-delà d’une offre massive de biens alimentaires standardisés à bas prix. « Les nouvelles paysanneries » ou « la repaysannisation » sont des formes de résistance agricole du 21e siècle : il ne s’agit plus de sabotage ou de barricades, c’est dans la cour de la ferme, dans l’organisation même de la ferme que l’on se bat pour le changement, pour un nouveau projet et une nouvelle vocation pour l’agriculture.


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commentaires

R
Merci pour ces informations
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